
Comment nos pensées et émotions affectent-elles notre santé
Vous est-il déjà arrivé d'entrer dans une pièce où se trouvent d'autres personnes et de sentir une lourdeur, une atmosphère désagréable, et ce, même si tout semble se passer normalement dans les faits ? On a beau vous saluer et vous sourire, vous sentez que quelque chose cloche. Cette contradiction entre ce que vos sens perçoivent (vue et ouïe) et ce que vous ressentez vous met mal à l'aise. Et automatiquement, votre cerveau se met en branle afin de trouver une explication logique au malaise que vous ressentez. Je ne suis peut-être pas le bienvenu ? Ils parlaient peut-être dans mon dos juste avant mon arrivée ? Ils ont peut-être une mauvaise nouvelle à m'annoncer et ils n'osent pas le faire ?
Cette valse des «peut-être» risque de progresser en «sûrement» (le cerveau déteste les incertitudes...) et de convertir la sensation initiale de vague malaise en émotions : colère, peur, sentiment d'être trahi, rejeté, etc. Lorsque vous quittez la pièce, votre bonne humeur initiale a disparu et vous rentrez chez vous avec la mâchoire crispée, un noeud dans l'estomac et une tension artérielle qui aurait de quoi faire sourciller le plus zen des médecins ! L'interprétation que vous avez donné à la situation (votre pensée) a suscité, disons, de la colère (émotion), et votre organisme a réagi logiquement en vous préparant à l'attaque : tension musculaire, ralentissement des fonctions digestives et adaptation (constriction ou dilatation) des vaisseaux sanguins. La modification physiologique est bien réelle, tangible, et pourtant, la cause est, jusqu'à preuve du contraire, imaginaire ! Car en réalité, vous ne savez toujours pas à quoi était réellement dû le malaise que vous avez ressenti en entrant dans la pièce. Vous seriez peut-être surpris d'apprendre qu'il avait été causé par un simple bogue informatique qui a mis tout le monde sur les nerfs...
Des liens indissociables
En fait, il est impossible de dissocier le corps de la pensée et des émotions. Nous sommes en grande partie ce que nous pensons et surtout ce que nous ressentons. Et de la même manière, notre état physique affecte considérablement les deux autres composantes : difficile de se concentrer et de respirer la joie de vivre lorsque nous souffrons d'une grosse grippe (difficile de respirer tout court !) ou de fortes douleurs. Ces trois aspects sont intimement liés et interagissent continuellement... sans même que nous en soyons conscients !
Il est important de faire une distinction entre la pensée et l'émotion. La pensée est, à la base, une idée neutre... jusqu'à ce qu'elle suscite ou non une émotion. De par sa neutralité première, elle ne provoque généralement pas d'adaptation corporelle. "Le ciel est gris, il va pleuvoir." Cette pensée conservera sa neutralité pour une personne qui se trouve actuellement au travail, dans un bureau. Par contre, elle risque de créer une émotion de joie pour le cultivateur qui attend la pluie depuis plusieurs jours, d'agacement pour celui ou celle qui prévoyait une balade dans la nature, et probablement de vive déception pour la dame en robe blanche qui s'apprête à dire «oui, je le veux» lors d'un mariage en plein air. Même pensée initiale, mais des émotions très différentes !
On entend souvent parler du pouvoir bénéfique de la pensée positive sur notre état de santé. En fait, une pensée positive est une pensée qui suscite en nous des émotions agréables. C'est par le biais de ces émotions qu'elle peut exercer une influence positive sur notre santé, et non en elle-même. Et il existe tout un monde entre notre pensée réelle, basée sur des convictions profondes, et une affirmation qu'on ne croit pas vraiment. La précision est importante. Pour que la pensée crée en nous un sentiment de bien-être ou de joie qui se traduira par une relaxation de nos muscles, une meilleure digestion, un travail plus efficace de notre système immunitaire, etc., encore faut-il qu'elle soit cohérente avec nos convictions profondes. «Je sais que mon mari a des aventures, mais ça ne me dérange pas...» (Sauf que le rythme cardiaque de la «tolérante» épouse grimpe en flèche dès qu'une jolie femme s'approche de son volage de mari !) «L'important pour moi, c'est de participer, pas de gagner !» (Sauf que notre «détendu» coureur n'arrive pas à dormir durant la nuit précédant la compétition !) «L'erreur est humaine... ça aurait pu m'arriver aussi.» (Sauf que la «compréhensive» patronne ne délègue plus de dossier important à son employé et vit un énorme stress causé par la surcharge de travail que cela lui occasionne !)
En réalité, la pensée positive qui ne correspond pas à notre conviction profonde risque non seulement de ne pas s'avérer bénéfique pour notre santé, mais elle a le potentiel de lui nuire. Dans de telles circonstances, notre pensée empêche l'expression de notre émotion réelle et celle-ci, ne pouvant pas s'exprimer librement, risque de se manifester à travers notre corps. D'ailleurs, une récente étude, menée par des chercheurs de Chicago, affirme que la colère refoulée augmenterait les douleurs au bas du dos ainsi que la tension artérielle1. Une émotion, c'est une charge d'énergie. Lorsque l'énergie s'accumule, elle crée des tensions et des mauvais fonctionnements à l'intérieur de l'organisme, et au bout d'un certain temps d'accumulation, une décharge est à craindre ! Songez aux orages électriques...
Une saine gestion de la pensée et des émotions
La solution n'est donc pas de nier nos émotions désagréables à coup de rationalisation positive, mais plutôt d'adopter des convictions qui sont moins propices à générer ce genre d'émotions et d'apprendre à mieux gérer celles qui surgissent malgré tout. Car il faut être conscient que les émotions désagréables ont aussi leur raison d'être : elles nous avertissent qu'un danger nous menace, que nous ne répondons pas à nos besoins essentiels, que nous devons mieux nous adapter à la situation ou encore changer notre regard sur elle. Elles sont des messagères essentielles à notre intégrité physique, émotive et mentale. Si la peur n'existait pas, notre espérance de vie serait considérablement réduite, car rien ne nous empêcherait de traverser l'autoroute les yeux bandés, de nous jeter en bas du 20e étage d'un édifice, ou encore de faire ouvertement des avances à la copine d'un membre des Hell's Angels…
Pour bien gérer ses émotions, il faut d'abord se laisser les ressentir afin de les identifier clairement, les évaluer (sont-elles pertinentes, exagérées ?) et ensuite prendre les mesures qui s'imposent (modification de la situation ou changement de regard sur elle). Vous transformer en «Hulk» chaque fois que votre voisin tond son gazon à 8h00 le dimanche matin est peut-être exagéré comme réaction. Pourquoi ne pas aller lui en glisser un mot courtoisement, vous mettre des bouchons dans les oreilles ou encore considérer cela comme un incontournable de la vie de banlieue ?
Les émotions désagréables ne deviennent nuisibles pour notre santé que si nous les vivons avec exagération, de manière chronique ou encore que nous les refoulons tout en prétendant que tout va bien. Prenez l'exemple des jeunes enfants : quand ils sont contrariés, ils le font clairement savoir (!!!) et ils passent des larmes au rire avec une vitesse incroyable ! Avec le temps, nous apprenons malheureusement à cacher des émotions (à soi-même comme aux autres), à en feindre et à inventer des histoires incroyables (mais logiques !) pour essayer de rendre le tout cohérent.
Mais éventuellement, ce que la tête refuse de dire, le corps le dévoilera. Une grande partie de nos réactions physiologiques sont le miroir de nos émotions profondes. Le docteur Christian Boukaram a récemment écrit un livre fort intéressant sur le sujet : Le pouvoir anticancer des émotions2. Puisant dans son expérience personnelle d’oncologue qu’il combine adroitement avec plusieurs résultats de recherches et réflexions de ses patients, il nous fait part, dans un langage simple et pratique, de ses constatations et recommandations. Nul besoin d’être cancéreux pour profiter pleinement des informations contenues dans ce livre…le simple fait d’être un être humain suffit !
1http://www.massagemag.com/News/massage-news.php?id=11093&catid=holding-in-anger-increases-pain&title=
2Dr Christian Boukaram, Le Pouvoir anticancer des émotions, Les Éditions de l'Homme, 2011.







